Correspondance(s)

Ce n’est qu’après avoir vu en entier le film « Au(x) musée(s) » de Pei-Lin Cheng sur le musée des Beaux-arts de Reims que l’on comprend qu’il est construit sur une quasi absence, celle des œuvres qui y sont conservées. Ce n’est pas une erreur, un oubli, ou une volonté de l’artiste de nous décevoir. C’est un choix et un parti-pris, engendrés par une évidence : si la forme, la technique et les moyens de diffusions des images vidéo peuvent rendre compte de la vie du musée en tant qu’institution au service de l’art et de sa conservation, ils sont incapables de respecter la finesse et la subtilité de ces autres images, ancestrales et précieuses, que sont les peintures et les sculptures de l’art des siècles passés.

Les trois écrans s’organisent simplement. A gauche, il s’agit des visiteurs et des usagers. Le cadre de la création de cette vidéo ayant été celui de sorties scolaires – qui forment une grande part de la fréquentation de l’institution – on y voit beaucoup d’enfants, souvent très jeunes. Ils apportent vie et fraîcheur à l’espace des expositions. A droite, ce sont les métiers du musée, de l’accueil à la conservation, en passant par la restauration et le ménage. Au centre, on découvre le bâtiment lui-même, dans la stabilité de son architecture et la quiétude de ses jardins, à peine perturbées par l’envol d’un pigeon, où le passage d’un piéton.

Les trois écrans se lisent dans un perpétuel balayage du regard, qui permet à l’œil de saisir des correspondances ou des échos. Il nous est par exemple proposé de mettre en relation les gestes et les outils du restaurateur avec ceux de l’agent de ménage. Restauration des tableaux d’une part, et restauration du cadre et du décor des œuvres, garants de la permanence du lieu, d’autre part. On comprend qu’un balai et un pinceau sont en fait le même objet à deux échelles différentes : un manche de bois à l’extrémité duquel une touffe de poil a été fixée. Les gestes qu’on leur applique sont eux-aussi de natures proches : ils consistent les uns et les autres à poser une matière liquide sur un support, en vue de l’embellir, et de l’ennoblir. Les reflets et moirures de l’éphémère pellicule d’eau savonneuse sur le sol s’effacent bientôt au total profit des œuvres sur les cimaises, dans leur fragile pérennité.

L’œuvre de Pei-Lin Cheng montre avec bienveillance que toutes les vies de cette institution se consacrent à la conservation et à l’admiration de ses œuvres anciennes et vénérables. Elle est une tentative de faire mentir la célèbre citation de Lamartine : « Je suis las des musées, cimetières des arts ».

Association 23.03 pour Pei-Lin Cheng